Publié par : lettresdemontreal | 11 avril 2008

Un livre qui ouvre des chemins

À propos du livre : Marie-Victorin à Cuba : correspondance avec le Frère Léon, édition annotée par André Bouchard, Les Presses de l’Université de Montréal, 2007.

Ce livre, qui fût une des « vedettes » de la maison d’édition Les Presses de l’Université de Montréal au Salon du livre de Montréal 2007, se lit comme un roman. Il s’agit d’un texte riche en descriptions de la flore et de la géographie cubaines, mais aussi de la vie sociale et scientifique au Canada et à Cuba. Les deux auteurs de cette correspondance commentent et analysent leurs sociétés respectives, en particulier le Frère Marie-Victorin (1885-1944) porte son regard sur la société cubaine. Ce québécois illustre fût un homme réellement à l’avance sur son époque et paradoxalement il a développé son oeuvre dans un cadre qui était l’un des plus conservateurs du temps : le milieu religieux catholique.

Marie-Victorin à Cuba est aussi et surtout d’un grand intérêt, grâce aux nombreuses et érudites introductions et annotations de M. Bouchard aux récits des voyages du Frère Marie-Victorin à Cuba. Un grand homme ce Frère, qui est depuis un certain temps déjà, considéré comme la gloire de la botanique et de la vulgarisation scientifique au Québec. Son monumental Flore Laurentienne (1935), est encore un titre indispensable pour l’étude de la nature et de la botanique du bassin du Saint Laurent. Ce fleuve qui fût et continue à être, au centre la culture et de la civilisation québécoise, et aussi, dans une grande mesure, de la civilisation canadienne.

Le lecteur constate rapidement que M. Bouchard a dû « fouiller » profondément dans des dictionnaires, des oeuvres de référence et aussi dans d’autres sources originales, pour pouvoir confectionner ses notes. Ce chercheur, qui comme le Frère Marie-Victorin est « tombé en amour » avec les enchantements de la nature de Cuba et le peuple cubain, est professeur titulaire d’écologie au Département de sciences biologiques de l’Université Montréal et chercheur de l’Institut de recherche végétale, au Jardin Botanique de Montréal, deux institutions d’ailleurs fondées par le Frère Marie-Victorin dans les années 1930.

M. Bouchard reconstruit l’imaginaire d’une époque et d’un secteur social particulier de la société cubaine : les Frères enseignants du Collège La Salle, sis sur la rue 13 entre B et C, dans le quartier du Vedado à La Havane. Grâce à ce récit nous comprenons mieux pourquoi au début du XXème siècle les Frères de La Salle ont dû abandonner en masse la France et se réinstaller, en bonne partie, dans des pays de l’Amérique latine.

Avoir la capacité d’informer le savant intéressé à la botanique des grandes Antilles, mais aussi d’instruire l’élève avec des intérêts historiographiques et d’enseigner, dans le même temps, au grand public, avec des détails théologiques, c’est une somme de vertus plutôt exceptionnelle dans un livre pareil. Tout cela rend le lecteur satisfait d’avoir acquit un tel bijou bibliographique.

Une facette de Marie-Victorin à Cuba qui n’échappe pas au lecteur averti des sujets cubains, c’est le fait de nous montrer un bon fragment de la psychologie sociale de la sphère intellectuelle et scientifique du Cuba de cette époque et dans une certaine mesure aussi celle du Québec. Cela est possible grâce à l’échange de lettres de ces deux « herboristes d’âmes » de La Salle. On apprécie dans les réflexions de tout et chacun (il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’une correspondance qu’ils ont entretenu de 1907 à 1944) comment ont évolué les critères scientifiques, sociaux et même politiques de deux Frères religieux. Marie-Victorin évolue vers une pensée libérale, d’analyse critique et ouverte des réalités qu’il connaissait et qu’il étudiait, le Frère Léon pour sa part, évolue vers une pensée modérément conservatrice, propre, comme lui-même disait, aux « pays latins-hispaniques », où traiter certains sujets publiquement toujours provoquait des soupçons et des méfiances de la part du pouvoir politique, mais aussi de la part des autorités religieuses.

Il est curieux également de constater que la considération sociale pour le travail scientifique des deux chercheurs a certainement été différente. Celle acquise au Québec par le Frère Marie-Victorin, et celle obtenue à Cuba par le Frère Léon. Dans sa lettre du 29 février 1936 le Frère Léon raconte, visiblement diminué, à son collègue montréalais : « J’ai reçu la visite très agréable de votre élève de botanique, qui m’a donné de vos nouvelles et m’a remis la splendide photo que vous avez eu la gentillesse de me réserver [photo officielle et/ou cérémonielle universitaire]*. Je n’ai pas de bonne photo en « cap & gown », qui ne s’emploi guère ici ; je vous l’envoie avec un simple crachat qu’on m’a octroyé l’an dernier ».

L’oeuvre Flora de Cuba du Frère Léon, aussi monumentale pour Cuba, que l’est le Flore Laurentienne pour le Québec et le Canada, reste encore aujourd’hui un texte méconnu à Cuba, sans parler du peu de reconnaissance du Frère Léon lui-même. Peut-être parce qu’étant d’origine française et religieux? En tout cas, c’est sans doute une personnalité à réhabiliter dans toute sa dimension historique pour son apport aux sciences cubaines, à l’égal de ces « découvreurs » aujourd’hui célèbres comme c’est le cas d’Alexandre Von Humboldt, Fernando Ortiz, Felipe Poey, Carlos de la Torre, et beaucoup d’autres, cubains ou étrangers.

Aujourd’hui, quand des centaines de milliers de québécois et de canadiens voyagent à Cuba pour se reposer du long hiver septentrional, dans nos toujours chaudes et accueillantes plages, campagnes et villes, il faut se rappeler que le promoteur de ce « tourisme écologique – culturel et humain », fût le Frère Marie-Victorin. Un homme qui à l’égal de l’Amiral Christophe Colomb, a dit de Cuba et des cubains : « Cuba est un petit paradis terrestre et les Cubains des Adams et des Eves complets le péché originel compris ».

« Honorer rend honorable » disait José Martí, honorons alors ces deux hommes que tant fait et si généreusement, pour faire connaître au monde les valeurs diverses de cette île contradictoire et passionnante qu’est la Perle des Antilles; comme d’ailleurs eux aussi la nommaient.

*Note de l’auteur de l’article : Raul Ernesto Colon Rodriguez

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Un libro que abre caminos

A propósito de la edición del título: Marie-Victorin à Cuba, edición anotada por André Bouchard, Les Presses de l’Université de Montréal, 2007

Este libro, que fue una de las vedettes de la editorial Les Presses de l’Université de Montreal en la pasada Feria del libro de Montreal-2007, se lee como una novela. Es un texto rico en descripciones de la flora y la geografía cubanas, pero también de la vida social y científica en ambos países. Ambos autores comentan y analizan sus sociedades, en particular el Hermano Marie-Victorin (1885-1944) la cubana. Este quebéquense ilustre fue un hombre realmente adelantado para su época y paradójicamente desarrolló su labor en un marco que era de los más conservadores: el religioso católico.

Marie-Victorin à Cuba es también y en gran medida de marcado interés, por las muchas y eruditas introducciones y anotaciones que hace el Sr. Bouchard a los viajes del Hermano Marie-Victorin a Cuba, un hombre que es desde hace ya cierto tiempo, considerado, como la gloria de la botánica y la vulgarización científica de Québec, su monumental Flore laurentienne (1935), sigue siendo un título indispensable para el estudio de la naturaleza y la botánica de la cuenca del San Lorenzo, ese río que estuvo y continua estándolo en el centro de la cultura y civilización quebéquense y en gran medida de la canadiense.

El lector constata rápidamente que Bouchard ha debido “hurgar” profundamente en diccionarios, obras de referencia y hasta en fuentes originales, para poder confeccionar sus notas. Este estudioso, quien como el Hermano Marie-Victorin ha “sucumbido” a los encantos de la naturaleza y el pueblo cubanos, es profesor titular de ecología en el Departamento de ciencias biológicas de la Universidad de Montreal e investigador del Instituto de investigación vegetal, en el Jardín Botánico de Montreal, ambas instituciones que fundara el Hermano Marie-Victorin por los años 30 del pasado siglo.

Bouchard reconstruye el imaginario de una época y de un sector social particular de la sociedad cubana, como lo fueron los Hermanos profesores del Colegio La Salle, ubicado en la calle 13 entre B y C, en el Vedado. Gracias a esta historia comprendemos mejor por qué a principios del siglo XX los frailes lasallistas hubieron de abandonar Francia en masa y reinstalarse en buena parte, en países de América latina.

Tener la capacidad de informar al erudito interesado en la botánica de las grandes Antillas, de instruir al alumno con intereses historiográficos y de aleccionar, todo al mismo tiempo, al público general, con detalles hasta teológicos, es una suma de virtudes más bien excepcional en un libro de esta especie. Todo ello hace al lector sentirse satisfecho de haber pagado un precio relativamente alto por tal joya bibliográfica.

Tiene Marie-Victorin à Cuba una faceta que no escapa al lector aguzado en temas cubanos, y es el hecho de mostrarnos un buen fragmento de la psicología social de la esfera intelectual y científica de la Cuba de aquella época y en alguna medida también la de Québec, gracias al intercambio de cartas de estos dos “herboristas de almas” lasallianos. Se aprecian en las reflexiones de cada cual, (no hay que olvidar que se trata de una correspondencia que se extiende de 1907 a 1944), cómo fueron evolucionando los criterios científicos, sociales y hasta políticos de ambos. El Hermano Marie-Victorin evoluciona hacia un pensamiento liberal, de análisis crítico y abierto de las realidades que conocía y estudiaba, y el Hermano León, hacia un pensamiento moderadamente conservador, propio como el mismo decía de los “países latino-hispanos”, donde tratar ciertos temas públicamente siempre ocasionaba resquemores y desconfianzas de parte del poder político, pero también de las autoridades religiosas.

Es curioso constatar igualmente que la consideración social hacia el trabajo científico de ambos estudiosos fue ciertamente diferente. La que en Québec ganó el Hermano Marie-Victorin, de la que obtuvo en Cuba el Hermano León. En su carta del 29 de febrero de 1936 le cuenta el Hermano León, visiblemente disminuido, a su colega montrealés: “Recibí la visita agradabilísima de vuestro alumno de botánica, quien me ha hecho saber sus buenas nuevas y me ha entregado la magnífica foto que usted tuvo la gentileza de reservarme (foto oficial y/o ceremonial universitaria. N. del A.). Yo no tengo una foto similar de toga y muceta, que no es por cierto algo de uso común aquí, la mía se la envío con una simple medallita que me otorgaron el año pasado”.

La obra Flora de Cuba del Hermano León, tan monumental para Cuba, como la Flore laurentienne lo es para Québec y Canadá, sigue siendo un texto poco conocido en la Cuba de hoy, sin abundar sobre el reconocimiento al propio Hermano León, ¿quizás por ser de origen francés y religioso?, en todo caso es sin dudas una personalidad a rehabilitar en toda su estatura para la historia de las ciencias cubanas, a la par de aquellos “descubridores” hoy archiconocidos como lo fueron Alejandro Humboldt, Fernando Ortiz, Felipe Poey, Carlos de la Torre y otros mas, cubanos o extranjeros.

Hoy, cuando cientos de miles de quebequenses y canadienses viajan a Cuba a descansar del largo invierno septentrional, en nuestras calidas y siempre acogedoras playas, campos y ciudades, hay que recordar que el promotor de ese “turismo ecológico-cultural y humano”, fue el Hermano Marie-Victorin, un hombre que a la par del Almirante Cristóbal Colón, dijo de Cuba y los cubanos: “Cuba es un pequeño paraíso terrestre y los cubanos y cubanas, son Adanes y Evas plenos, incluyendo el pecado original”.

“Honrar honra” nos decía José Martí, honremos entonces a estos dos hombres que tanto y tan generosamente hicieron, por hacer conocer al mundo los valores diversos de esa isla contradictoria y apasionante que es la Perla de las Antillas; como también ellos solían llamarla.


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