Publié par : lettresdemontreal | 20 avril 2008

Maryse Condé, le Salon du livre de Québec et l’identité des Caraïbes

Le destin voulut qu’un ami haïtien me parla ces jours d’avril, du Salon internationale du livre de la ville de Québec, juste un jour avant que Maryse Condé cette écrivaine guadeloupéenne, antillaise et universelle participe de manière active au Salon du livre.

Cette année la foire était consacrée au quatrième centenaire de la Francophonie en Amérique du Nord, au même moment que la ville de Québec fête aussi ses quatre siècles de fondation et, pour cette occasion, les organisateurs ont invité de nombreux auteurs et poètes antillais et francophones africains reconnus. Mais c’est de Mme Condé que je veux vous parler, parce que son œuvre m’a profondément marqué il y a de cela déjà quelques années, quand à la Bibliothèque de l’Alliance française de La Havane, j’ai découvert « Ségou » (vol. 1 les murailles de terre, vol. 2 la terre en miettes), deux volumes d’une épopée africaine et des Caraïbes qui a manifestement enrichi ma compréhension de la condition humaine dans les Caraïbes.

Ce roman par son riche et vaste contenu devrait être lecture recommandée pour tous ceux qui sont nés dans cette région des Amériques. Il devrait l’être aussi pour ceux qui s’intéressent à l’étude de l’identité et l’Histoire des Caraïbes. Parce que les Antillais, nous sommes des peuples très divers, mais avec des destins assez semblables et une identité agglutinante commune : la composante africaine.

Les cubains nous connaissons peu et fragmentairement nos frères et cousins de la Caraïbe. Le Cuba qui est le plus près d’eux est la partie orientale et Santiago de Cuba est la plus antillaise de nos villes. Aux débuts de la colonisation Santiago, comme nous les cubains l’appelons, a été la capitale de l’île. Rapidement elle fût détrônée par La Havane et sa situation stratégique, face d’abord à l’Europe et à l’Espagne en particulier, puis aux États-Unis et en particulier à la Floride, avec laquelle elle conserve une relation passionnée d’amour-haine.

Santiago, garde cependant sa fidélité de toujours pour les Caraïbes, et de ces îles provient une partie considérable de ses habitants, sa culture et ses traditions. Les Communautés haïtiennes et jamaïquaines y étant établies sont importantes, ainsi qu’à Guantánamo et d’autres villages de l’Orient cubain. Les petites Antilles, en particulier les françaises, pour des raisons que je crois fondamentalement géopolitiques, et depuis l’obtention de leurs indépendances, ont été plus éloignées dans la conscience populaire cubaine.

C’est pour cela que « découvrir » Maryse Condé a été très révélateur pour moi. Un monde inconnu s’est alors ouvert à moi. Un monde qui venait remplir des lacunes dans ma compréhension de l’idiosyncrasie nationale et régionale, je vous donne un seul exemple : la connotation de la condition de marron à Cuba et en Jamaïque est totalement opposée. À Cuba il est symbole de résistance au colonialisme, il y a même un monument dans cet endroit mythique, constitutif de notre identité religieuse qu’est El Cobre, près de Santiago de Cuba. Là s’élève une énorme statue du sculpteur santiaguero Alberto Lezcay, consacrée à représenter ceux qui ont préféré la vie sauvage et le danger constant, à l’humiliation permanente de leur condition humaine. En Jamaïque les marrons qui ont initialement voulu la même chose, puis, et pour pouvoir survivre, ont du faire un « pacte » avec le pouvoir colonial anglais et se transformer en bourreaux de leurs propres frères esclaves. L’Histoire est complexe, et les idéalisations font généralement autant de dommage que le dédain ou l’omission.

Il est généralement accepté que les liens entre les îles de la Caraïbe étaient beaucoup plus intenses à l’époque coloniale que pendant le XXème siècle et ce qui s’est écoulé du XXIème, ce dont témoigne Maryse Condé dans son épopée. Aussi ces liens étaient importants avec l’Afrique, et non seulement à cause de la traite de l’esclavage, mais parce que des bateaux allaient et venaient avec des marchandises et des personnes. Des destins qui se sont croisés dans les allées et les retours, des histoires qui ont été tissées et qui jusqu’à aujourd’hui ont des connotations dans les deux continents. Le divorce et la distance que produisent les indépendances latino-américaines et des Caraïbes d’abord, et le processus néocolonial ensuite, avec comme centre névralgique les États-Unis, vont être consolidés sans cesse.

Pour Cuba en particulier, l’isolement que produit la révolution de 1959 dans son impact hémisphérique, provoque la fin du flux antillais vers l’île et que ce soient les cubains qui davantage interagissent avec leurs voisins insulaires. Ce sont eux qui émigrent justement vers ces îles, produit de l’inversion de rôles qui s’est opérée dans le flux migratoire. Il est évident que ces cubains peuvent difficilement restituer à Cuba à nouveau cette influence antillaise, à cause de la relation conflictuelle du gouvernement et par conséquent de l’état cubain avec l’émigration cubaine depuis 1959. C’est depuis lors l’empreinte cubaine qui voyage de par le monde en enrichissant les autres et Cuba s’appauvrit progressivement de l’absence d’arrivée de ses sources nourricières du point de vue démographique et culturel traditionnels. Les conséquences que cela a causé à notre développement comme nation, c’est un sujet différent qui vaudrait bien la peine d’être exploré dans des études indépendantes.

L’échange alors, de Cuba et des cubains de l’île avec ses congénères antillais, continue à être faible, sporadique, dirigé par l’Etat, presque toujours avec connotation politique pour ses organisateurs et économique pour ses exécuteurs.

Toutes ces nations partagent cependant, une Histoire et une culture communes. L’Histoire presque toujours orageuse, au centre des ambitions des puissances européennes, et par la suite de celle de l’Amérique du Nord. Une culture commune, parce que la composante africaine nous agglutine, nous rend semblables. Eux, les africains n’ont pas eu le droit de choisir et pour cela ils nous ont transmis un compendium assez homogène de mythes, traditions et psychologie populaire. Espagnols, portugais, français, néerlandais et d’autres, eux, en effet, ont pu choisir entre l’un ou l’autre destin dans les Caraïbes. Ils ont dominé les noirs, les indiens et les asiatiques « importés », en essayant de leur transmettre ou de leur imposer leurs valeurs. Mais comme la nature humaine est têtue, c’est le métissage qui ressort toujours vainqueur, et de nos jours, bien que le cerveau soit encore plutôt occidental, le cœur, le cadre sentimental de cet « homo caribensis », est nettement mulâtre, avec une affection toute spéciale pour sa mère africaine.

L’éducation dans les Amériques a été cependant depuis des siècles euro centriste. Les libérateurs des indépendances nous appelaient à approfondir dans ce qui était à nous, ils nous appelaient aussi à chercher et à étudier l’Histoire de nos peuples d’abord et celle du reste du monde aussi, mais ensuite. José Martí pour les cubains, est le paradigme en ce sens. Cet effort de renforcement identitaire a été permanent dans ce qui est le mieux dans la littérature du continent. Ses auteurs ont été reconnus de par le monde, mais la littérature latino-américaine et des Caraïbes reste encore, et peut-être aujourd’hui plus que jamais, une littérature, une identité en fin de compte, de résistance, d’un permanent faire face aux omniprésentes cultures européenne et américaine.

Celles-ci, dans leurs modèles plus vendus, se sont fortement établies et sur ses marchés la nôtre continue à devoir obtenir sa « majorité d’âge » : des prix, des maisons d’édition, les salons du livre et autres infrastructures des échanges culturels mondiaux, sont principalement détenus par les pays du premier monde.

C’est dans ce contexte que nous affirmons que l’œuvre de Maryse Condé et en particulier « Ségou », est une œuvre indispensable dans le processus de nous comprendre et de nous faire comprendre dans les Caraïbes. Maryse disait dans ce Salon, au milieu d’un débat sur le conte et la nouvelle : « on veut nous enfermer dans « l’oralité »… nous avons un imaginaire propre ». Ou en se référant au lieu de la culture française dans l’Antillais francophones elle disait aussi: « Paris pèse trop lourd dans les Antilles, on aimerait se débarrasser un peu de cette présence pour affirmer l’identité antillaise ». Cette défense frontale d’une façon persistante, entourée d’un discours généralement philo-français et peu critique, donne la mesure de sa pensée, de son combat identitaire.

L’Afrique est alors importante pour les gens de la Caraïbe, parce qu’elle nous permet de comprendre, grâce aussi à la narration de Maryse Condé, comment à travers l’histoire du royaume des Bambarás de Ségou, elle a été deux fois conquise l’Afrique. L’Afrique noire, mère affectueuse, qui allaite, superstitieuse, musicale, essentielle dans son humanisme primitif, la même Afrique qu’on a obligé à s’islamiser d’abord et à se christianiser ensuite. On lui a cassé l’âme, on lui a détruit le cœur, mais sans le vouloir et « naturellement » d’une manière brutale. Ils ont permis qu’elle renaisse comme l’oiseau phénix, dans le même continent et multipliée dans les Amériques, aujourd’hui aussi en Europe et ailleurs.

Avec la compréhension de ces deux défaites civilisationnelles, nous pouvons dans la Caraïbe mieux comprendre et réagir à notre défi contemporain, parce que nous sommes encore les « fruits mûrs » des échecs politiques à la Monroe, parce qu’aujourd’hui, comme au XIXème siècle, les défis nationaux continuent d’être en résumé, les mêmes que celui du Hamlet de Shakespeare : « Être, ou ne pas être ».

Lisez Maryse Condé, je l’ai fait, et la réponse commence à être mieux ébauchée.

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Maryse Condé, la feria del libro de Québec y la identidad caribeña

Quizo el destino que un amigo haitiano me avisara por estos días de abril, de la Feria internacional del libro de la ciudad de Québec, un día antes justamente de que en ella participara y de manera activa la escritora guadalupana, antillana y universal que es Maryse Condé.

Este año la feria está dedicada al cuarto centenario de la Francofonía, justo cuando la ciudad de Québec también cumple cuatro siglos de fundada y para esta ocasión los organizadores y sus patrocinadores han invitado a numerosos y reconocidos escritores y poetas antillanos y africanos francófonos. Pero es de esta escritora que quiero hablarles, su obra me marcó profundamente hace algunos años ya, cuando en la Biblioteca de la Alianza francesa de La Habana descubrí “Ségou, las murallas de tierra y Ségou, la tierra en ruinas”, dos volúmenes de una epopeya africana y caribeña que renovó y enriqueció notoriamente mi comprensión de la condición caribeña.

Esta novela por su rico y vasto contenido debiera ser lectura recomendada para todos los que hemos nacido en esa región de las Américas. Debería serlo también para quienes se interesan en el estudio de la identidad y la historia caribeñas, pues los antillanos, somos pueblos muy diversos, pero con destinos bastante similares y un ente agluntinante común: el componente africano.

Los cubanos conocemos poco y fragmentariamente a nuestros primos y hermanos caribeños. La Cuba que está más cerca de ellos es la oriental y Santiago de Cuba es la más antillana de nuestras ciudades. En los inicios de la colonización Santiago, como le llaman los cubanos, fue capital de la isla, pero pronto sería desplazada por la estratégica ubicación de La Habana, de cara primero a Europa y a España en particular, luego a los Estados Unidos y en particular a la Florida, con quien conserva una apasionada relación de amor-odio.

Santiago, guarda no obstante su vieja fidelidad por el Caribe, y de esas islas proviene una parte considerable de sus habitantes, de su cultura y tradiciones. Son grandes las comunidades hatianas y jamaicanas establecidas allí, así como también en Guantánamo y otros pueblos orientales cubanos. Las pequeñas antillas y en particular las francesas, por razones que yo creo han sido fundamentalmente geopolíticas, y desde las independencias, han estado más alejadas en la conciencia popular cubana.

Es por ello que “descubrir” a Maryse Condé fue muy revelador para mí, se me abrió entonces un mundo practicamente desconocido, uno que venía a llenar lagunas en la comprensión de la idiosincrasia nacional y regional, les pongo un sólo ejemplo: la connotación de la condición de cimarrón en Cuba y en Jamaica es totalmente opuesta. En Cuba es símbolo de resistencia al colonialista, hasta un monumento existe en ese sitio fundacional de nuestra identidad religiosa que es El Cobre, cerca de Santiago de Cuba. Allí se alza una enorme estatua del célebre escultor santiaguero Alberto Lezcay, consagrada a representar a aquellos que prefirieron la vida salvaje y de constante peligro, a la humillación permanente de su condición humana. En Jamaica los cimarrones que inicialmente quisieron lo mismo, luego para poder sobrevivir tuvieron que “pactar” con el poder colonial inglés y convertirse en esbirros de sus propios hermanos esclavos. La historia es compleja, y las idealizaciones suelen hacer tanto daño como el desdeño o la omisión.

Es generalmente aceptado que los vínculos entre las islas del Caribe eran mucho más intensos en la época colonial que durante el siglo XX y lo que va del XXI, de lo primero da fe Maryse Condé en su epopeya, también esos vínculos eran notorios, y no tan sólo debido a la trata negrera, ¡con Africa!, barcos iban y venían con mercancías y personas. Destinos que se cruzaban de ida y de regreso, historias que se tejieron y que hasta hoy tienen connotaciones en ambos continentes. El divorcio y la distancia que generan las independencias latinoamericanas y caribeñas primero, y el proceso neocolonial después, con centro neurálgico en los Estados Unidos, van a consolidarse sin cese.

Para Cuba en particular, el aislamiento que le genera la revolución de 1959 en su impacto hemisférico, provoca que el flujo antillano hacia la isla cese y que los cubanos que más interactuan con sus vecinos isleños, son los que emigran justamente a esas islas, producto de la inversión de roles que se opera en el flujo migratorio. Es obvio que estos cubanos dificilmente pueden devolver a Cuba de nuevo aquella influencia, pues es conocido cuan conflictiva ha sido la relación del gobierno y por ende el estado cubano con la emigración cubana después de 1959. Es desde entonces la impronta cubana la que viaja por el mundo enriqueciendo a los demás y Cuba se empobrece paulatinamente de la ausencia de arribo de sus tradicionales nutrientes poblacionales y culturales. De las consecuencias que ello ha traído para nuestro desarrollo como nación, es tema aparte que bien valdría la pena explorar en estudios independientes.

El intercambio entonces, de Cuba y los cubanos de la isla con sus congéneres antillanos, continua siendo débil, esporádico, dirigido estatalmente, casi siempre con connotación política para sus organizadores y económica para sus ejecutores.

Todas estas naciones comparten no obstante, una historia y cultura comunes, la historia casi siempre tormentosa, en el centro de las ambiciones de las potencias europeas, luego de la norteamericana. La cultura común, porque el componente africano nos aglutina, nos hace similares. Ellos, los africanos no tuvieron derecho a elegir y por ello nos trasmitieron un compendio bastante homogéneo de mitos, tradiciones y psicología popular. Españoles, portugueses, franceses, holandeses y otros, ellos sí pudieron optar por uno u otro destino caribeño, dominaron a negros, indios y asiáticos, intentando trasmitir o imponer sus valores, más como la naturaleza humana es terca, es el mestizaje el que sale siempre ganando y hoy en día si bien el cerebro sigue siendo más bien occidental, el corazón, el ámbito sentimental de ese “homo caribeñus”, es netamente mulato, con un afecto especial por su madre africana.

La educación en las Américas fue durante siglos eurocentrista, no obstante ya los próceres de las independencias nos llamaban a profundizar en lo nuestro, a buscar y estudiar la historia de nuestros pueblos primero y la del resto del mundo también, pero después. José Martí para los cubanos, es el paradigma en ese sentido. Ese esfuerzo de reforzamiento identitario ha sido permanente en la mejor literatura del continente, sus autores han sido reconocidos por el mundo entero, más la latinoamericana y caribeña sigue siendo, quizás hoy más que nunca, una literatura, una identidad al fin y al cabo, de resistencia, de permanente reafirmación frente a la omnipresente cultura europea y norteamericana. Estas, en sus modelos más vendidos, están fuertemente establecidas y en sus mercados la nuestra sigue teniendo que obtener su “mayoría de edad”: premios, editoriales, ferias y demás infraestructura de los intercambios culturales mundiales, los detentan predominantemente los países del primer mundo.

Es entonces en este contexto que afirmamos que la obra de Maryse Condé y en particular su “Ségou”, es una obra indispensable a la hora de comprendernos y hacernos comprender en el Caribe. Ayer ella decía, en medio de un debate sobre el cuento y la novela corta, “nos quieren encerrar en la oralidad…nosotros tenemos un imaginario propio”. Ó refiriéndose al lugar de la cultura francesa en la antillana francófona también decía: “Paris pesa demasiado en las Antillas, nos gustaría deshacernos un poco de esa presencia, para poder afirmar la identidad antillana”. Esa defensa persitentemente frontal, rodeada de un discurso por lo general filofrancés y poco crítico, da la medida de su ideario, de su combate identitario.

África es entonces importante para los caribeños, porque nos permite comprender, gracias también a la narrativa de Maryse Condé, cómo a través de la historia del reino de los Bambarás de Ségou, fue dos veces conquistada África, el África negra, madre cariñosa, lactante, supersticiosa, musical, esencial en su humanista primitivismo, esa misma África que obligaron a islamizarse primero y a cristianizarse después. Le rompieron el alma, destrozaron su corazón, pero sin quererlo y “naturalmente” de una brutal manera, hicieron que renaciera como ave fenix, en el mismo continente y multiplicada en América, hoy también en Europa y por doquier.

Con la comprensión de esas dos derrotas civilizacionales, podemos los caribeños comprender y reaccionar a nuestro propio desafío contemporáneo, porque seguimos siendo la fruta madura del ajedréz político monroviano, porque hoy, como en el siglo XIX, los retos nacionales continuan siendo en resúmen, el mismo del Hamlet shakesperiano: “Ser o no ser”.

Lean a Maryse Condé, yo lo hice y la respuesta comienza a esbozarse mejor.


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