Publié par : lettresdemontreal | 25 avril 2008

Itinéraires botaniques dans l’ile de Cuba. Chapitre V

Introduction au Chapitre V des « Itinéraires botaniques dans l’Île de Cuba » des Frères Marie-Victorin et Léon.

Par : Raúl Ernesto Colón Rodríguez

Chers lecteurs,

Aujourd’hui je continue le sujet récent des voyages à Cuba du Frère Marie-Victorin et sa correspondance avec le Frère Léon.

Le livre du professeur de l’Université de Montréal, Dr. André Bouchard : « Marie-Victorin à Cuba » dont j’avais récemment fait un compte rendu, et ma rencontre avec cet auteur, m’ont incité à lire le chef d’œuvre de ces voyages et de cette correspondance. Il s’agit « des Itinéraires botaniques dans l’île de Cuba » signé par les deux religieux, mais écrit fondamentalement par le Frère Marie-Victorin.

De cette lecture m’est venue l’idée et le désir de partager avec vous ce chapitre V du premier des trois volumes d’un livre très intéressant. Je le fais dans les deux langues, parce que jusqu’à présent et paradoxalement, cette œuvre si importante pour Cuba, existe seulement en langue française. Je souhaiterais que cette tentative de vous introduire un texte vieux de plus de 60 ans, soit aussi un encouragement pour que ceux de qui en relève la décision soient stimulés par l’envie de traduire cette œuvre au complet et de la publier dans notre langue, celle de Cervantès.

J’ai choisi le chapitre V, parce qu’il me semble que le Frère Marie-Victorin exprime ici d’une manière singulière ses impressions sur les croyances de la population cubaine, et de même pour ce qui est de ses habitudes et coutumes. Le lecteur remarquera que les critères du religieux sont par instants assez pointus et on comprend que le Frère Léon lui suggéra déjà à l’époque d’être attentif à ses expressions. Pour nous aujourd’hui, une fois mis en contexte, ces pensées du Frère Marie-Victorin, nous servent à mieux comprendre une époque et un type d’interprétation de la réalité qui comme toute autre, fait avancer les connaissances, même avec quelques erreurs.

Le Frère Marie-Victorin parle aussi dans ce petit chapitre, d’exemplaires très importants de la flore cubaine et il fait à la fin du texte des comparaisons géobotaniques très intéressantes avec la flore du « Canada oriental ». Je crois par conséquent qu’il s’agit d’un texte très représentatif des liens spirituels et géobotaniques des deux pays.

Bonne lecture!

Itinéraire botanique dans l’ile de Cuba

Par le Frère Marie-Victorin et Frère Léon
Institut Botanique de l’Université de Montréal, 1942

Chapitre V

De Santiago à La Havane

Vendredi, le 6 janvier 1939

Pour sauver quelques heures de voyage pénible et ennuyeux par le train-escargot et la « guagua », nous prenons ce matin l’avion qui fait le service de Guantanamo à Santiago. Ce ne serait que vingt minutes au-dessus des montagnes et des grands champs de caña. Nous volons à quatre mille pieds. La teinte générale de la végétation est d’un vert plutôt clair. Mais comme nous le disions plus haut, il n y a rien de commun entre les verts flous cotonneux de la forêt feuillue tempérée, et la précision des ombres-lumières de cette forêt tropicale vue des nuages. De temps en temps, la ligne sinueuse, d’un vert plus vif, d’un ruisseau bordé de Bambous (Bambusa vulgaris.) Ici, un point gris et une tache verte : un bohio et un champ cultivé par un guajiro solitaire. Là, un groupe de Palmiers royaux qui marque une terrasse de terre riche. Mais, voici Santiago, la mer bleue, et les tuiles rouges, et le damier des rues. Le petit avion pique du nez, et, en deux minutes, nous glissons sur la piste d’atterrissage.

Au Collège, on ne nous attendait pas si tôt. Cette avance nous donne le temps d’examiner à loisir la belle collection de Lépidoptères et de Mollusques rassemblée par Frère Clément, l’un des deux naturalistes, auxquels on doit, entre autres choses, de mieux connaître la flore ptéridologique de la loma del Gato. Nous serrons la main à ces sympathiques confrères et aimables hôtes, et nous voilà bientôt sur la route du retour.

Nous faisons d’abord un arrêt au sanctuaire de la Virgen de la Caridad del Cobre, le sanctuaire national de Cuba.

Les origines de ce culte remontent à 1604 ou 1605. Deux jeunes Indiens et un négrillon allant recueillir du sel dans la baie de Nipe, virent une forme blanche venir à eux, flottant sur les eaux. Ils crurent d’abord que c’était une mouette. Quand ils furent plus près, ils aperçurent une planchette soutenant une image de la Vierge, où on lisait ces mots : « Je suis la Vierge de la Charité ». Avec beaucoup de respect les jeunes gens portèrent la sainte image au « Cobre » (mines de cuivre situées tout près de Santiago) où on lui érigea un sanctuaire. C’est aujourd’hui le grand pèlerinage cubain. Si le véritable esprit catholique laisse bien un peu à désirer à Cuba, au moins dans sa partie formelle, la Vierge de la Caridad del Cobre a la part du lion dans la vie religieuse des Cubains. Son image est partout, dans les maisons, dans les lieux publics, au cou des hommes et es femmes. Il n’est personne ici, si mécréant soit-il, qui ne respecte « la Virgen de la Caridad ».

La Madone de Regla (Regla est une banlieue de La Havane) est la dévotion des gens de couleur. La Madone est noire, mais le Jésus qu’elle tient dans ses bras est de race blanche! Tel est le prestige du blanc, et le complexe d’infériorité des gens de couleur, qu’ils ne peuvent se résoudre à considérer le Christ comme un des leurs! Ils se rattrapent en s’annexant la Madone. D’ailleurs, ces choses ne sont pas très claires pour tous. Quelqu’un m’a expliqué sérieusement que la Madone de Regla est la sœur de la Madone de la Caridad.

Quoi qu’il en soit, et malgré tout ce que l’on peut dire des modalités, l’aspect marial de la vie religieuse chez les populations latines du monde néotropical, est une manifestation de ce que l’on a appelé, il y a longtemps déjà, le génie du christianisme Le culte marial répond à un profond besoin humain : il est toujours adopté d’enthousiasme par les païens à qui on présente l’Evangile, et il est le dernier à s’arracher du cœur des peuples déserteurs de la grande famille chrétienne.

Passé le Cobre, le chemin s’engage sur une longue rampe. Frère Léon fait arrêter la voiture pour récolter le Coccothrinax Gundlachii, l’un des nombreux types de ce genre polymorphe. Nous le photographions sur le fond de montagne, ou le sanctuaire de la Virgen de la Caridad del Cobre se détache comme un point blanc. La voiture roule vite, car nous voulons coucher à mi-chemin de la Havane, à Camagüey. Pour cela, il faut fermer les yeux sur les belles savanes qui alternent avec les champs de Canne. Cependant, à un moment donné, la tentation est trop forte, et nous nous accordons un arrêt dans une formation plutôt rare, où domine un arbre simarubacé à grappes de petites samares, l’Alvaradoa arborescens. Cette espèce est un endémique de la province d’Oriente, vicariant de l’Alvaradoa amorphoides dont la distribution est plus générale (Cuba occidental, Mexique et Amérique Centrale). Une partie du bois a été coupée, et les arbres rejettent du pied. Les éléments secondaires sont : Chrysophyllum oliviforme, Ehretia tinifolia, Lantana involucrata et Hyptis suaveolens.

Un peu avant d’arriver à Bayamo, apparaissent de beaux groupes d’Acrocomia armentalis. Puis, ce sont des kilomètres et des kilomètres de route bordée de haies vives de Gliricidia sepium, souvent en fleur à cette saison. Comme nous l’avons dit plus haut, la question des haies vives est très importante ici, où les clôtures de bois mort sont la proie des Champignons et des fourmis. Nous entrons à Holguin saluer un ami. Et de nouveau, en route, malgré la nuit, pour deux heures, jusqu’à Camagüey.

Samedi, le 7 janvier 1939

Il faut donner la petite pièce au « sereno » qui, sans en être prié, gardait l’auto dans la rue, déjà bruyante et encombrée, de Camagüey. La route qui sort de Camagüey est bordée d’épaisses formations d’un arbuste mimosacé naturalisé (Dichrostachys nutans), sur lequel nous reviendrons plus loin.

Passé Florida, formation dense d’Acrocomia armentalis accompagné de Chrysophyllum oliviforme. Frère Léon, ayant marché un peu au bord de la route, revient avec une Graminée curieuse : l’Andropogon pertursus, espèce paléotropicale introduite aux Antilles, dont la glume inférieure est creusée d’une pochette. Que peut bien signifier en termes d’évolution du genre, une pareille particularité morphologique? Des deux côtés du chemin s’allonge, interminable, la ligne de fleurs jaunes d’une Composée (Viguiera helianthoides) qui simule à ravir, par sa forme et son agressivité, un Helianthus tempéré. Beaucoup de lieux vagues, et les abords de la Havane en particulier, sont envahis par cette plante mellifère.

Un peu avant Sancti Spiritus, on traverse une savane dont le facies est donné par deux xérophytes appartenant à des types écologiques antagonistes ou au moins opposés : le Belairia mucronata microphylle et le Byrsonima crassifolia mégalophylle. Mais, les choses seraient trop simples si les facteurs visibles de l’habitat étaient seuls en cause, et si ces facteurs produisaient toujours des effets comparables. Les apparences contradictoires de cette sorte se rencontrent à chaque pas dans le monde végétal, aussi bien dans les lieux secs que dans les marécages et tourbières. Les éléments secondaires de la formation Belairia-Byrsonima sont le Sabal florida; l’Acajou (Swietenia mahagoni), dont un individu mesure ici cinquante centimètres de diamètre; le Tabebuia pentaphylla; le Tabernaemontana amblyocarpa. Pour une raison ou pour une autre, la vie épiphytique et parasitique est intense dans cette savane, mais à un niveau peu élevé. La feuille du Belairia mucronata, qui n’intercepte guère la lumière, est particulièrement favorable à l’établissement des épiphytes. Plusieurs espèces de Broméliacées, principalement des Tillandsia, en couvrent les branches qui hébergent aussi une Loranthacée parasite, le Dendrophtora domingensis.

Nous continuons notre route vers Santa Clara. Le vert vitreux de la roche annonce déjà les collines de serpentine. A Cuba, ou les formations serpentineuses sont fréquentes, les botanistes savent que la flore qui les recouvre est toujours assez spécialisée. Ces terrains pauvres ont échappé à la destruction de la flore naturelle perpétrée au bénéfice de la Canne à sucre. De plus, cette vieille flore tropicale n’a pas été troublée dans son évolution d’ensemble par des glaciations ou d’autres événements perturbateurs. Il s’est fait, à la longueur des siècles, des adaptations, des éliminations, des sélections, qui ont abouti à des florules spécifiquement serpentineuses.

Dans les pays comme le Canada oriental, par exemple, les quelque trente ou quarante mille ans écoulés depuis le recul définitif des glaciers n’ont pas été suffisants pour que ce processus produise tout son effet. Il y a cependant, déjà, des espèces serpentineuses établies, comme le Polystichum mohrioides var. scopulinum, dans la Gaspésie, et un groupe de plantes, communes aux deux massifs de la Gaspésie et du sud-est de la province de Québec : Adiantum pedatum var. aleuticum, Pellaea densa, festuca scabrella, etc. Tout porte à croire que si ces habitats n’étaient pas dérangés, le groupe des plantes spécialisées s’augmenterait d’âge en âge, car, dans le sud-est de la province de Québec au moins, il ne peut guère être question de flore reliquale.

Pour en revenir à l’état de choses des terrains serpentineux de Santa Clara, nous pouvons donner, comme apparemment lié à la nature chimique du terrain, une association d’un Palmier, le Copernicia hospita var. clarensis avec un tapis d’Aristida neglecta. Ces deux entités ont été discernées et décrites par Frère Léon. Ce botaniste avait d’abord décrit le Copernicia, comme une bonne espèce (C. Clarensis) ([1]). Mais il croit aujourd’hui qu’il s’agit d’une variété écologico-géographique. L’Aristida neglecta, bien que décrit en 1924 seulement, semble général à Cuba et été récolté aussi dans l’île d’Hispaniola. Ayant photographié une haie de Bromelia Pinguin, nous nous hâtons de partir pour retourner à Matanzas et à la Havane.

[1] León, Hermano, Contribución al estudio de las Palmas de Cuba. Rev. Soc. Geogr. Cuba, 4 (2); p.15 du tiré à part. 1931.

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Introducción al Capítulo V de los “Itinerarios botánicos en la Isla de Cuba”

Por: Raúl Ernesto Colón Rodríguez

Estimados lectores,

Continúo hoy el tema reciente de los viajes a Cuba del Hermano Marie-Victorin y su correspondencia con el Hermano León.

El libro del profesor de la Universidad de Montréal, Dr. André Bouchard : “Marie-Victorin en Cuba” que reseñara anteriormente y el contacto tomado con este autor, me incitaron a leer la obra cumbre de esos viajes y esa correspondencia. Se trata de los “Itinerarios botánicos en la isla de Cuba” firmados por ambos religiosos, pero escritos fundamentalmente por el Hermano Marie-Victorin.

De esa lectura me ha nacido la idea y el deseo de compartir con ustedes este capítulo V del primero de los tres volúmenes de tan interesante libro. Lo hago en ambos idiomas, pues hasta ahora y paradójicamente, sólo existe en lengua francesa, esta obra tan importante para Cuba. Sea este intento de acercarles un texto de más de 60 años, un estímulo para que de quienes depende, se propongan traducirlo completo y publicarlo en nuestra lengua, la de Cervantes.

Escogí el capítulo V, pues me pareció que el Hermano Marie-Victorin habla en él de una manera singular de las creencias de la población cubana, incluso de sus hábitos y costumbres. El lector notará que los criterios del religioso son por instantes bastante agudos y se entiende que el Hermano León le sugiriera ya en aquella época ser cuidadoso en sus expresiones. Para nosotros hoy, una vez contextualizados estos pensamientos del Hermano Marie-Victorin, nos sirven para entender mejor una época y un tipo de interpretación de la realidad que como cualquier otra, hace avanzar el conocimiento, aún en medio de algunos errores.

Habla también el Hermano Marie-Victorin en este capitulillo, de ejemplares muy importantes de la flora cubana y hace al final del capítulo interesantes comparaciones geo-botánicas con la flora del « Canadá oriental ». Creo por lo tanto que se trata de texto muy representativo de los vínculos espirituales y géo-botánicos de ambos países.

¡Disfrute la lectura!

Itinerarios botánicos en la isla de Cuba

Por el Hermano Marie-Victorin y el Hermano Léon

Instituto Botánico de la Universidad de Montreal, 1942

Capítulo V

De Santiago a La Habana

Viernes, 6 de enero de 1939

Para ahorrar algunas horas de viaje molesto y aburrido en el tren-lechero y la “guagua”, tomamos esta mañana el avión que hace la ruta de Guantanamo a Santiago. Serán sólo veinte minutos sobre las montañas y grandes campos de caña. Volamos a cuatro mil pies de altura. El color general de la vegetación es de un verde más bien claro. Pero como decíamos antes, no hay nada en común entre los verdes tenues algodonosos del bosque frondoso templado, y la precisión de sombras y luces de este bosque tropical visto de las nubes. De vez en cuando, la línea sinuosa, de un verde más vivo, de un arroyo rodeado de bambúes (Bambusa vulgaris.) Por aquí, un punto gris y una mancha verde: un bohío y un campo cultivado por un guajiro solitario. Por allá, un grupo de palmeras reales que delata la presencia de una terraza de ricas tierras. Pero, he aquí Santiago, el mar azul, y las tejas rojas, y el tablero de sus calles. El pequeño avión cae en picada y en dos minutos, nos deslizamos sobre la pista de aterrizaje.

En el Colegio no se nos esperaba tan pronto. Llegar adelantados nos da el tiempo de examinar a voluntad la bonita colección de lepidópteros y moluscos reunida por el Hermano Clemente, uno de los dos naturalistas, a los cuales debemos, entre otras cosas cosas, un mejor conocimiento de la flora pteridológica de la Loma del Gato. Saludamos a estos simpáticos colegas y agradables huéspedes, y henos de pronto sobre la ruta de regreso.

Hacemos en primer lugar una parada en el santuario de la Virgen de la Caridad del Cobre, el santuario nacional de Cuba.

Los orígenes de este culto se remonta a 1604 ó 1605. Dos jóvenes indios y un negrito que van a recoger sal en la bahía de Nipe, ven, flotando sobre las aguas, una forma blanca venir hacia ellos. Creyeron primero que se trataba de una gaviota, pero cuando estuvieron más cerca, vieron una tablilla que sostenía una imagen de la Virgen, dónde se leían estas palabras: “Yo soy la Virgen de la Caridad”. Con mucho respeto los jóvenes llevaron la imagen santa al “Cobre” (minas de cobre situadas muy cerca de Santiago) dónde se le creó un santuario. Ese lugar es hoy en día el sitio del más grande peregrinaje cubano. Si el verdadero espíritu católico deja un poco que desear en Cuba, al menos en su aspecto formal, la Virgen de la Caridad del Cobre se lleva la mejor parte en la vida religiosa de los cubanos. Su imagen está por todas partes, en las casas, en los lugares públicos, al cuello de hombres y mujeres. No hay nadie aquí, por incredulo que sea, que no respete a “la Virgen de la Caridad”.

La Virgen de Regla (Regla es un suburbio de La Habana) es la devoción de la gente de color. ¡La Virgen es negra, pero el Jesús que tiene en sus brazos es blanco! ¡Tal es el prestigio del blanco y el complejo de inferioridad de la gente de color, que no pueden decidirse a considerar a Cristo como uno de los suyos! Se reivindican atribuyendose al menos la Virgen. Por otra parte, estas cosas no quedan muy claras para todos. Alguien me explicó muy seriamente que la Virgen de Regla es hermana de la Virgen de la Caridad.

En cualquier caso, y a pesar de todo lo que se pueda decir de las modalidades de culto, el aspecto marial de la vida religiosa en las poblaciones latinas del mundo neotropical, es una manifestación de lo que se llamó, hace ya mucho tiempo, la genialidad del cristianismo. El culto marial responde a una profunda necesidad humana: se adopta siempre con entusiasmo por los paganos a quienes se presenta el Evangelio, y es el último en arrancarse del corazón de los pueblos desertores de la gran familia cristiana.

Pasado el Cobre, el camino se adentra en una larga cuesta. El Hermano Léon hace detener el coche para recoger el Coccothrinax Gundlachii, una de las numerosas variantes de este tipo polimorfo. Lo fotografiamos sobre el fondo de unas montañas, donde el santuario de la Virgen de la Caridad del Cobre se destaca como un punto blanco. El coche circula rápidamente, ya que queremos dormir a medio camino de La Habana, en Camagüey. Para eso, es necesario cerrar los ojos a las bonitas sabanas que alternan con los campos de caña. Sin embargo, en un momento dado, la tentación es demasiado fuerte, y nos concedemos una pausa en una formación más bien rara, dónde domina un árbol de la familia de las Burseraceas, que tiene racimos de pequeñas sámaras, l’Alvaradoa arborescens. Esta es una especie endémica de la provincia de Oriente, vicariante de l’Alvaradoa amorphoides cuya distribución es más amplia (Cuba occidental, México y Centroamérica). Una parte del monte ha sido cortada, y los árboles serpollan. Los elementos secundarios son: Chrysophyllum oliviforme, Ehretia tinifolia, Lantana involucrata y Hyptis suaveolens.

Un poco antes de llegar a Bayamo, aparecen bonitos grupos de Acrocomia armentalis. Luego, durante kilómetros y kilómetros de carretera apreciamos cercas vivas de Gliricidia sepium, a menudo florecidas en esta temporada del año. Como ya lo dijimos más arriba, la cuestión de las cercas vivas es muy importante aquí, dónde los trozos de leña son presa de hongos y hormigas por igual. Entramos a Holguin a saludar un amigo. Y de nuevo, en marcha, a pesar de la noche, por otras dos horas, hasta Camagüey.

Sábado, 7 de enero de 1939

Se hace necesario darle unas monedas al “sereno” quien, sin pedírselo, nos cuidó el coche en la calle, ya de por sí ruidosa y agitada de Camagüey. La carretera que parte de Camagüey está rodeada de gruesas formaciones de un arbusto de la familia de las mimosas naturalizado (Dichrostachys nutans), sobre el cuál volveremos a escribir más adelante.

Habiendo pasado el pueblo de Florida, vemos una formación densa de Acrocomia armentalis acompañada de Chrysophyllum oliviforme. El Hermano Léon, habiendo andado un poco por el borde de la carretera, regresa con una Gramínea curiosa: el Andropogon pertursus, especie paleotropical introducida en las Antillas, cuya gluma inferior se encuentra hundida en forma de bolsita. ¿Qué puede significar en términos de evolución de esta clase, una particularidad morfológica tal? Dos ambos lados del camino se extiende, interminable, la línea de flores amarillas de un Romerillo de costa (Viguiera helianthoides) el cual simula tremendamente, por su forma y agresividad, un Helianthus templado. Muchos lugares silvestres, y los accesos de La Habana en particular, están invadidos por esta planta melífera.

Un poco antes de Sancti Spiritus, cruzamos una sabana en cuyo aspecto predominan dos xerofitos que pertenecen a tipos ecológicos antagónicos o al menos opuestos: la Belairia mucronata microphylle y la Byrsonima crassifolia mégalophylle. Pero, las cosas serían demasiado simples si los factores visibles del hábitat fuesen los únicos en cuestión, y si estos factores produjeran siempre efectos comparables. Las apariencias contradictorias de este tipo se encuentran a cada paso en el mundo vegetal, tanto en los lugares secos como en las ciénagas y turberas. Los elementos secundarios de la formación Belairia-Byrsonima son el Sabal florida; el Acajou (Swietenia mahagoni), del que un individuo mide aquí cincuenta centímetros de diámetro; el Tabebuia pentaphylla; el Tabernaemontana amblyocarpa. Por una razón u otra, la vida epifítica y parasitaria es intensa en esta sabana, pero a un nivel poco elevado. La hoja de Belairia mucronata, que apenas intercepta la luz, es especialmente favorable al establecimiento de las plantas epífitas. Varias especies de Bromeliaceas, principalmente la Tillandsia, cubren las ramas que albergan también una Loranthacea parásita, la Dendrophtora domingensis.

Seguimos nuestro rumbo hacia Santa Clara. El verde vítreo de la roca ya anuncia las colinas de serpentina. En Cuba, donde las formaciones serpentinosas son frecuentes, los botánicos saben que la flora que las cubre siempre es bastante especializada. Estos terrenos pobres escaparon a la destrucción de la flora natural perpetrada en beneficio de la caña de azúcar. Además, esta vieja flora tropical no fue perturbada en su evolución global por glaciaciones u otros acontecimientos perturbadores. Ella ha logrado, a lo largo de los siglos, adaptaciones, eliminaciones y selecciones, que han dado como resultado flórulas[1] específicamente serpentinosas.

En países como el Canadá oriental, por ejemplo, los aproximadamente treinta o cuarenta mil años transcurridos desde el retroceso definitivo de los glaciares no han sido suficientes para que este proceso produzca todo su efecto. Hay ya sin embargo, especies serpentinosas establecidas, como el Polystichum mohrioides var. scopulinum, en la peninsula de Gaspésie, y un grupo de plantas, comunes a los dos macizos de la Gaspésie y al sureste de la provincia de Quebec: Adiantum pedatum var. aleuticum, Pellaea densa, festuca scabrella, etc. Todo lleva a creer que si estos hábitats no hubieran sido alterados, el grupo de plantas especializadas aumentaría de generación en generación ya que, en el sureste de la provincia de Quebec al menos, no puede apenas hablarse de flora fósil.

Regresando al tema de los terrenos serpentinosos de Santa Clara, podemos afirmar, como aparentemente vinculados, a la naturaleza química del terreno, una asociación de una Palmera, la Copernicia hospita var. clarensis con un tapiz de Aristida neglecta. Estas dos entidades fueron señaladas y descritas por el Hermano Léon. Este botánico había descrito en primer lugar la Copernicia, como una buena especie (C. Clarensis) ([2]). Pero él cree ahora que se trata de una variedad écologico-geográfica. La Aristida neglecta, aunque descrita solamente en 1924, parece encontrarse de manera general en Cuba y ha sido colectada también en la isla de Hispaniola. Fotografiando una cerca de Bromelia Pinguin, nos apresuramos en partir para regresar a Matanzas y La Habana.

[1] Flórula: flor fósil. N. del T.

[2] León, Hermano, Contribución al estudio de las Palmas de Cuba. Rev. Soc. Geogr. Cuba, 4 (2); p.15 du tiré à part. 1931.


Responses

  1. Incluyo tu blog en mi lista de : Blogs Sobre Cuba
    Saludos,
    Al Godar

  2. Yo conocía este libro, pero no lo había leído. Hoy leí el capítulo que presentas. No tuve tiempo de leer tu tradución completa, pero por arribita me parece muy buena. Muy loable empeño.
    Saludos
    Al Godar


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