Publié par : lettresdemontreal | 30 octobre 2009

Une nueva etapa de Lettres de Montréal

jorge-luis-borges

Comienza una nueva etapa en la vida de este blog, junto con artículos que irán saliendo de las entrañas de 44 años de experiencia cubana, mas casi dos de canadiense, van a aparecer desde ahora otros de un carácter diferente, esta vez del campo de la traductología, una disciplina que estudio actualmente a nivel de maestría y sobre la cual tengo mucho que decirles. Vaya entonces aquí este primer texto donde Borges es la estrella y sean siempre bienvenidos vuestros comentarios.

Commence une nouvelle étape dans la vie de Lettres de Montréal. Ensemble avec les articles qui apparaitront, « sorties des tripes » de 44 ans d’expérience cubaine, plus presque deux de celle canadienne, vont apparaître d’autres à partir de maintenant mais d’un autre caractère, cette fois-là il s’agit du champ de la traductologie, une discipline que j’étudie actuellement au niveau de maîtrise et sur laquelle j’ai beaucoup à vous dire. Voici ce premier texte alors où Borges est le « star » et vos commentaires seront toujours les bienvenus.

Texte: Ryan Fraser, “Past Lives of Knives: On Borges, Translation, and Sticking Old Texts”, in TTR, vol.17, no.1, 2004, pp.55-80.

Raúl Ernesto Colón Rodríguez
Université d’Ottawa

Parler de Borges pour un latino-américain, comme c’est mon cas, même s’il s’agit d’un compte rendu critique de lecture, semble toujours une tâche complexe et délicate. Complexe parce que Borges est en soi même l’un des meilleurs exemples d’une pensée complexe dans notre sous-continent, avec toutes les nuances que cela implique; délicate parce que lui-même fut souvent l’objet des critiques aigres d’un ou de l’autre bord de la vie sociale et politique latino-américaine. Il s’avère indispensable alors de prendre partie, et moi je prends partie du côté de Borges, dans son ineffable clarté méridienne vis-à-vis des autres. Deux exemples et je passe au sujet : à une question sur les communistes, il répond : « Je ne peux pas être d’accord avec une théorie qui prêche la domination de l’État sur l’individu. »; à une autre question sur les militaires argentins, il répond : « Les militaires argentins sont complètement fous…La réalité est bien plus terrible : ces « disparus » ont été séquestrés, torturés et assassinés. C’est un film qui finit très mal. »[1]  On n’a pas besoin de commentaires.

Fraser dans son texte analyse Borges d’après surtout une optique de la traduction et en particulier d’après l’histoire de la collaboration qu’a eue le traducteur états-unien Di Giovanni avec Borges, dans les dernières années de la vie du poète et écrivain argentin.  Le constat que Fraser nous fait du « nihilisme » de Borges est un point intéressant de départ. Dans sa maturité Borges veut se faire oublier, il est fatigué d’être lui-même. Il récrit mille et un fois ses textes dans une recherche de permanente actualisation, mais aussi d’autosuppression. Borges joue avec les sources, avec les conventions, avec tout ce qui est « établi » et derrière tout cela il y a une pensée que Fraser décrit, mais qu’il n’identifie pas : « there is nothing new under the sun », c’est le message de l’Ecclésiaste, du roi Salomon[2], ce livre biblique de sagesse impuissante et pessimiste que Borges d’ailleurs semble incarner tellement bien dans notre XXème siècle latino-américain, et qui lui couta l’anathème des utopistes furieux de son entourage intellectuel.

Le souci obsessif de Borges pour l’amélioration d’un texte, c’est dû aussi à son érudition, au fait qu’il se retrouve « mieux exprimé » dans les textes des autres, donc logiquement dans la traduction il trouvera un outil de renouvèlement qui n’a pas besoin de justification. Il y trouvera même la possibilité de récrire l’original, quand la traduction lui propose des coupures ou quand il écrit l’original d’après ce qu’il a pensé dans l’autre langue. L’image lui provient de cette possible traduction qui est en fait (elle se produit dans le cerveau du même Borges) en partie l’original. Il est curieux de constater dans ce contexte que Borges tout en reconnaissant les vertus de la langue espagnole, critique son usage. Dans une conversation avec Neruda et jouant à s’épater l’un à l’autre, Neruda lui dit : « On ne peut pas écrire en espagnol. » Borges lui a répondu : « Vous avez raison, c’est pour cela que personne n’a jamais écrit en cette langue. » Alors, Neruda suggéra : « Pourquoi ne pas écrire en anglais ou en français ? – Bon, (répond Borges) mais sommes-nous sûrs que nous méritions d’écrire dans ces langues ? ». Alors ils ont décidé qu’il fallait se résigner à continuer d’écrire en espagnol.[3]  Il y a ici une intertextualité[4] qui mériterait un développement à part. Borges à mon avis fait allusion au fait que l’espagnol est au moment où il parle dans un état de retard (vis-à-vis d’autres langues, et donc des cultures) par les produits de réflexion que ses détenteurs offrent. Il serait, parmi peu d’autres, l’exception qui confirme la règle.  Il y a un coté de Borges plus complexe encore et difficile de compréhension qui est son antihistoricisme. Fraser nous le fait voir à travers les fragments de ses conversations avec Antonio Carrizo, l’aspiration de Borges à un monde dépourvu d’un historicisme castrateur est quelque part aussi le reflet (à l’inverse) des aspirations utopiques de son époque. Anarchisme (influence de son père), éthique nazie (influence de Jünger), ce sont tous des éléments qu’il faut tenir en compte quand on analyse l’œuvre de Borges, parce que lui, il est allé chercher ce qu’il y avait de plus avancé ou reculé dans son époque. Il a consciemment voulu travailler avec les ingrédients de son temps, tel un alchimiste de la contemporanéité, toujours à la recherche de la pierre philosophale. Borges a aussi demandé d’être considéré « davantage pour ce qu’il n’a pas écrit que pour ce qu’il a écrit. C’est-à-dire, pour ce qu’il a gommé et qui se retrouve entre les lignes »[5].

Il semble claire que la collaboration d’un Di Giovanni-traducteur-recréateur avec un Borges-auteur qui ne veut plus l’être, et qui devient co-auteur de son propre œuvre, en fut une exceptionnelle. Peut-être ont-t-ils dépassés les limites du tolérable aujourd’hui? Sûrement, mais c’est toujours dans le laboratoire que les nouvelles formules voient le jour. Di Giovanni et Borges ont fait une magnifique représentation de ce qui peut être une autre forme de concevoir l’écriture et la traduction, pourquoi pas?

Notes:


[1] Les deux questions sont posées à Borges par Ramon Chao, lors d’une entrevue pour Le Monde Diplomatique. Voir : http://www.monde-diplomatique.fr/2001/08/CHAO/15501
[2] La paternité de ce texte attribué à Salomon est contestée par la critique contemporaine qui considère que l’Ecclésiaste fut écrit plutôt « aux alentours de 250 avant Jésus Christ par un intellectuel non-hellénisé appartenant au milieu du Second Temple de Jérusalem ». Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Ecclésiaste
[3] Voir : http://www.monde-diplomatique.fr/2001/08/CHAO/15501
[4] L’intertextualité d’ailleurs est une permanente dans l’œuvre de Borges.
[5] Voir : http://www.monde-diplomatique.fr/2001/08/CHAO/15501


Responses

  1. Mucho gusto en leerte de nuevo, estimado Raúl. Ya te echaba de menos. ¡Adelante con la traductología! ¡Mucho éxito!


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