Publié par : lettresdemontreal | 17 août 2010

Le DRAE et l’Aurelio: deux dictionnaires en langues néo-latines. 2e partie

I.a. Analyse des préfaces et des critiques du Dictionnaire de la DRAE

Dans sa version en ligne, le Dictionnaire de la DRAE nous dit que :

… “el Diccionario académico (es) al que se otorga un valor normativo en todo el mundo de habla española. La Real Academia Española y las veintiuna Academias que con ella integran la Asociación de Academias de la Lengua Española trabajan mancomunadamente al servicio de la unidad del idioma tratando de mejorar y actualizar un diccionario de carácter panhispánico. Cuanto aparece en el DRAE es fruto de ese estudio y de la aprobación colegiada”. [1]

Traduction: … “le Dictionnaire académique (est celui) auquel on octroie une valeur normative partout dans le monde hispanophone. L’Académie de la langue espagnole et les vingt-et-une Académies qui composent avec elle Une Association d’Académies de la Langue Espagnole, travaillent ensemble au service de l’unité de la langue en essayant d’améliorer et d’actualiser un dictionnaire de caractère panhispánique. Tout ce qui apparaît dans le DRAE est le fruit de cette étude et de son approbation arbitrée ”.

Également il stipule que:

“Al tratarse de un diccionario general de lengua, no puede registrar todo el léxico del español, sino que, por fuerza, debe contentarse con acoger una selección de nuestro código verbal. Esta selección, en algunos casos, será lo más completa que los medios a nuestro alcance permitan -especialmente en lo que se refiere al léxico de la lengua culta y común de nuestros días-, mientras que en otros aspectos -dialectalismos españoles, americanos y filipinos, tecnicismos, vulgarismos y coloquialismos, arcaísmos, etc.- se limitará a incorporar una representación de los usos más extendidos o característicos”.[2]

Traduction : Tenant en compte le fait qu’un dictionnaire général de langue ne peut pas enregistrer tout le lexique de l’espagnol, il doit obligatoirement se contenter d’accueillir une sélection de notre code verbal. Cette sélection dans certains cas, sera la plus complète que les moyens à notre portée le permettront -spécialement en ce qui concerne le lexique de la langue cultivée et commune de nos jours-, tandis que dans d’autres aspects –dialectismes espagnols, américains et philippins, des technicismes, des vulgarismes et des termes familiers, des archaïsmes, etc- il se limitera à intégrer une représentation des usages les plus répandus ou caractéristiques.

Ces citations mettent en évidence le caractère fixé et peu flexible du dictionnaire le plus consulté de la langue espagnole. Énumérons ces éléments :

  1. Caractère normatif et panhispanique.
  2. Prétention d’unité de la langue espagnole dans le monde.
  3. Hiérarchie (prima inter pares) de l’Académie d’Espagne vis-à-vis des autres.
  4. Priorité donné à la langue culte et commune contemporaine et restreinte concernant les dialectismes espagnols, américains et philippins, les technicismes, les vulgarismes et les termes familiers, les archaïsmes, etc.

Déjà au début du XVIIème siècle quand fût fondé à Madrid (1713) l’Académie, des critiques sur ce travail lexicographique ont été faites, autant pour louer les innovations (l’insertion de néologismes) comme pour condamner le conservatisme (attachement à la tradition et à un passé duquel il est difficile de se détacher)[3]. L’introduction des gallicismes par exemple, depuis la fin du XVIIème siècle fut souvent problématique. Avant d’en introduire, les académiciens cherchent des « solutions » dans la grammaire espagnole et aussi dans le corpus de la littérature classique des « siècles d’or » de la littérature espagnole : le XVIème et le XVIIème. Évidement des critères de ce type ne peuvent que favoriser un développement au ralenti du suivi de la langue vive.

En fait, c’est bien pour cette raison qu’en Espagne, au sein même de l’Académie et comme réponse à la concurrence[4], sont apparus d’autres dictionnaires, comme c’est le cas du Diccionario del estudiante (Dictionnaire de l’étudiant), qui tout en gardant les entrées du dictionnaire de la DRAE, les actualise.  Mais, et le « mais » est important dans ce cas, jusqu’à un certain point, un dictionnaire destiné aux étudiants de secondaire dans le monde hispanique et par extension hispanophone, souffre de l’absence des mots du registre colloquial, des anglicismes sont acceptés à moitié (lord oui, mais pas lady), donc traitement irrégulier des entrées, et d’autres conflits lexicaux.[5]

Une des critiques le plus virulentes du dictionnaire de la DRAE et de mon point de vue assez fondée, est celle de Katryn Cramer[6], qui montre un bon nombre de mots courants qui n’apparaissent pas dans ce dictionnaire, ou comment le dictionnaire de l’académie garde jusqu’à nos jours des définitions pas seulement vieilles, mais obsolètes, par exemple (et je la cite), le terme : Mendrugo : “Pedazo de pan duro o desechado, y especialmente el sobrante que se suele dar a los mendigos.” Traduction : Quignon (de pain): « Morceau de pain dur ou rejeté, et spécialement le reste que l’on a l’habitude de donner aux mendiants. ». On se croirait dans l’Espagne du Lazarillo de Tormes!

Cramer constate également que les dictionnaires commerciaux qui prolifèrent dans le marché espagnol font une rude concurrence à celui de l’académie, mais que celui-ci a des appuis politiques importants, source des dizaines de millions d’euros reçus en subventions à chaque année et cela sans processus compétitif avec d’autres dictionnaires.

Dans l’histoire et le moment présent du dictionnaire de la DRAE nous pouvons constater un héritage autoritaire, une continuité de non transparence et un esprit conservateur, à un degré tel que la crédibilité scientifique et le prestige de ce dictionnaire y sont fragilisés. Malheureusement, dans le monde hispanique les tendances autoritaires s’observent non seulement dans la construction de dictionnaires car le mal en est un social, les dictionnaires sont alors le reflet de cette réalité.


[1] Voir : http://buscon.rae.es/draeI/SrvltConsulta?TIPO_BUS=3&LEMA=cultura

[2] Idem.

[3] Voir : THESAURUS. Tomo LIV. Núm. 3 (1999). Enrique JIMÉNEZ RÍOS. Algunas críticas tempranas al Diccionario de la Academia. Sur: http://cvc.cervantes.es/lengua/thesaurus/pdf/54/TH_54_003_393_0.pdf L’auteur fait référence au passé impérial d’Espagne.

[4] Je ne peux pas renseigner en détail les autres dictionnaires. Voici au moins une énumération: Diccionario del uso del español de Maria Moliner; Diccionario de uso del español actual; Diccionario Clave; Lema. Diccionario de la lengua española; Diccionario de uso del español de América y España, Diccionario de Manuel Seco et al., etc.

[5] Voir : Martinez de Sousa, José. Diccionario del Estudiante, 2005. sur http://martinezdesousa.net/dic.estudiante.pdf

[6] Voir : Cramer, Katryn. Reseña del Diccionario de la Real Academia Española: a propósito de la lexicografía en la era posmoderna sur: http://elies.rediris.es/elies23/cramer_resenya.htm

Aller à la première partie du texte


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