Publié par : lettresdemontreal | 15 décembre 2014

« La tentation de devenir esclave »

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Stéphan Bureau a interviewé Mario Vargas Llosa dans sa maison à Lima et l’entrevue a été diffusée chez ICI-ARTV dimanche dernier, le 14 décembre 2014. J’ai eu la chance de l’enregistrer sur le PVR de la maison pour « écoute attentive » et aujourd’hui je l’ai fait. Le résultat de cette écoute, sont les lignes qui suivent.

Il s’agit d’un document remarquable qui devrait être traduit (sous-titré, mais pas doublé) vers l’espagnol et diffusé dans les principales chaines de TV latino-américaines et espagnoles. Même si le journaliste québécois se montre parfois peu familiarisé avec la réalité et surtout l’histoire latino-américaine (ses questions ou remarques ont parfois plus une couleur touristique que journalistique d’enquête),  c’est sont les réponses de Vargas Llosa, dans son français plus que correcte, mais pas parfait, ce qui fait de l’émission un vrai bijou du documentaire contemporain.

Il y a au début, une trop longue et quelque peu indiscrète intromission dans l’historique des relations Vargas fils-père, à laquelle l’écrivain péruvien fait face sans perdre la face et même en donnant plus d’information que ce qu’il aurait dû (c’est bien mon point de vue), mais la « perle » de cette entrevue est la défense exhaustive du droit à la liberté individuelle que l’auteur de La fête du Bouc, et de La Guerre de la fin du monde y a fait. À la question ambiguë de Bureau (comme si ce c’était « les autres » qui pensent comme ça), à propos de la réaction « partagée » des lecteurs du grand écrivain qui « regrettent » ses positions politiques, Vargas Llosa répond en faisant une précise et détaillée exposition de l’importance de la liberté individuelle dans les sociétés latino-américaines, où trop souvent on s’est vu confrontés à se faire voler ce droit élémentaire par des dictateurs, que ce soit de droite ou de gauche, et il y a souligné qu’il s’enfutait « royalement » de la couleur politique du totalitarisme.

Évidement quand c’est Vargas Llosa qui parle de ce sujet, la mention de Cuba est « de rigueur » et pour bonne cause. Bureau lui force un peu la main, l’interrompant, lui glissant dans la bouche « Cuba », mais son interviewé n’esquive pas l’occasion pour souligner le fait que la liberté individuelle implique la possibilité et la responsabilité de l’erreur, même de la gaffe, et que pourtant cette condition inaliénable de la vie en société était préférable à « l’abdication » de ces droits et responsabilités aux mains d’un « leader », d’un « camarade en chef », en fin de comptes d’un dictateur, comme « l’exemplaire » cas de Fidel Castro.

La tentation de devenir esclave a été et reste le vice le plus dangereux dans des sociétés ou l’esclavage a marqué à feu les consciences sociales et où la stratification de la société a créé des mondes parallèles, peu propices au développement de sociétés civiles fortes et capables de fiscaliser le pouvoir.

Une bonne et bien méritée critique fait Vargas Llosa aussi de ces intellectuels « domestiqués par le pouvoir », c’est bien le terme qu’il utilise. Des intellectuels qui gagnent très vite confort et privilèges sous les dictatures, pourvoyant survie au mythe de la « place spéciale » de l’intellectuel dans la société. Il vaut encore la peine de mentionner le cas cubain, pour se rappeler comment une partie de la génération intellectuelle qui arrive avec les Castros au pouvoir dans les années 1960, garde encore de nos jours les « clés de la réussite » pour toutes les autres, et bien plus important, le « mot de passe » de l’acceptation dans les cénacles de la gloire culturelle à Cuba.

Cette entrevue, si elle réussit à se faire entendre, peut devenir un moment important de l’histoire culturelle et intellectuelle de l’Amérique latine. Souhaitons alors que Radio Canada soit à la hauteur, et que les gauchistes de « manuel stalinien ou trotskyste » soient incapables de l’empêcher.


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