Publié par : lettresdemontreal | 20 décembre 2015

Québec ou Montréal?

Québec

Depuis très longtemps la rivalité entre les villes de Québec et Montréal est un sujet qui surgi de façon récurrente dans les conversations, quand on se trouve dans l’une des deux plus importantes cités québécoises. Les montréalais ont l’habitude de considérer les gens de la capitale provinciale un peu moins que des « paysans urbains » et les québécois considèrent les montréalais, à juste titre ou pas, des cosmopolites élitistes, imbibés du « politiquement correcte », et en fin de comptes snobs.

Un article publié dans La Presse (de Montréal) hier, vient m’éclaircir un peu la question. Dans « Au pays des grandes gueules » Nathalie Petrowski analyse le phénomène des « radios parlées » à Québec, et je mets entre guillemets le terme, parce que tout de suite après le terme qui va être utilisé pour qu’il reste dans la mémoire du lecteur est l’archiconnu et manipulateur de « radios poubelles ». Même si le rapport Payette n’est mentionné qu’en diagonale, ses points principaux sont dans l’article noir sur blanc, et il est évident que l’auteure n’est pas loin de l’idéologie qui le motive, celle du « politiquement correcte » et de la démonisation des phénomènes de société qui peuvent déstabiliser le statu quo bien-pensant.

Le constat le plus intéressant aux propos du présent post est le suivant : La Petrowski y constate que « La radio parlée à Montréal compte deux stations. Celle de Québec en compte cinq! », point d’exclamation y compris et pas sans intention. Un peu plus tard elle reconnait que ce type de radio à Québec est « beaucoup moins formatée que la radio parlée à Montréal, la radio parlée à Québec est engagée, émotive, opiniâtre et sujette à la logorrhée ». Ce qui est par défaut implicite dans cette affirmation est que celle de Montréal est fort probablement tout le contraire, peut-être parce que comme elle le reconnait aussi plus tard les animateurs de ces postes radio à Québec sont « les seules vraies vedettes d’une ville qui n’a pas ni équipe de hockey ni vedettes de la télé », c’est-à-dire qui n’ont pas ni le pain, ni le cirque qui distrait traditionnellement le peuple des vrais préoccupations de société. Quelque chose cloche dans l’argumentation et le but persuasif de l’article…et l’auteure le sait.

En fin bref, suit une série de arguments et de citations des animateurs locaux qu’elle a pu contacter, plusieurs autres ont refusé, selon l’auteure, André Arthur, « l’ancêtre des grandes gueules » de Québec, serait à l’origine d’une campagne contre ce reportage.  La conclusion de la Petrowski est que « le mariage d’amour entre la classe moyenne des banlieues de Québec et les grandes gueules de la radio dure toujours. Pour le meilleur et pour le pire ». C’est dommage qu’une recherche journalistique qui a soulevé un sujet de société si important, car on parle ici des fibres les plus intimes et vibrantes de ces deux façons d’être québécois aujourd’hui, soit resté dans un espace de chicane politique droite-gauche (si toujours cela veut dire quelque chose), et de peu moins que d’envie voilée du dynamisme polémique et contradictoire, certes, de la ville capitale du Québec, de la part d’un Montréal qui ne cesse de régresser dans son immobilisme élitiste.

Il me semble que si aujourd’hui les débats de société ont un lieu de préférence au Québec, c’est dans la capitale que cela se passe, et que les radios parlées de cette ville sont un symptôme à explorer et à analyser.

Un débat grandi en Amérique du Nord, et dans le monde autour du « politiquement correcte » qui mérite être pris au sérieux. Il ne peut plus s’agir de reprendre les vieux termes du monde polarisé d’années passés et les recycler, comme l’establishment du politiquement correcte essaie de faire encore une fois.

Il s’agit plutôt d’essayer de saisir et de formuler en termes nouveaux, peut-être plus complexes et moins binaires, ce que de nouveau apporte cette nouvelle mouvance des forces du centre du spectre politique, d’une classe moyenne qui s’élargie et qui prend conscience de son pouvoir, parce que les extrêmes de ce spectre ne seront plus capables de gagner les cœurs des grandes majorités.

D’ailleurs, si l’on regarde du côté de ce qui se passe en ce moment en Espagne, on aura peut-être quelques clés pour mieux comprendre ce qui s’en vient un peu partout dans le monde développé.


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