Publié par : lettresdemontreal | 8 janvier 2016

Athée, oui, mais de culture chrétienne catholique-syncrétique

Polythéismes

Je suis athée, cela est une évidence après ce que je viens de publier. Mon athéisme néanmoins n’en est pas un borné.

J’ai fait des études de théologie il y a quelques années, parce qu’après avoir étudié « l’athéisme scientifique » en ex-URSS, dans le cadre de mes études en histoire à l’Université d’Odessa, je n’étais pas satisfait. Je savais qu’il y avait quelque chose qui clochait, et c’était bien les valeurs que j’avais appris dans ma famille, valeurs morales qui n’étaient pas nécessairement athées ou « socialistes », malgré tout l’effort de l’État cubain pour nous faire oublier tout ce qui était relié à la religion.

Alors étudiant la théologie chrétienne et surtout l’histoire de cette religion, et par ricochet celle de beaucoup d’autres, j’ai saisi d’où cela venait notre disposition presque innée à adopter des traits culturels et des comportements des cultures autres que celles de laquelle nous provenons « ethniquement ».

La chrétienté catholique fut toujours en quelque sorte (ensemble avec l’orthodoxe), celle qui conserva le plus l’héritage polythéiste qui le précédait. C’est bien l’une des raisons pour laquelle les Espagnols se sont mêlés si facilement avec les populations originaires des Amériques ou avec les Africains introduits par les Européens de force dans ce continent. Les divinités nombreuses des peuples autochtones américains ou africains ont trouvé « refuge » dans la longue liste des saints catholiques et ainsi commença le processus que nous appelons transculturation ou syncrétisation.

L’idée d’un seul et unique dieu, ennemi mortel de tous les autres a eu une fonction historique : contribuer à la centralisation du pouvoir dans les mains des moins, sur des populations de plus en plus nombreuses. C’est comme cela que nous avons vu fleurir les empires chrétiens et musulmans, assoiffés tous les deux de conquête et de conversion des vaincus.

Les religions polythéistes ont par contre généralement permis la négociation des différences, et même à l’intérieur des empires de l’Antiquité les processus d’adoption des divinités « étrangères » ou d’acceptation de la diversité religieuse était la norme. Dans les communautés polythéistes ancestrales, ce processus d’adoption et de transfert était plutôt la norme. Du matriarcat au patriarcat, du clan à la tribu, au peuple ou à la nation, ces spiritualités ont conservé un lien privilégié avec la nature, l’environnement et constituent toujours une expérience humaine riche de lésons de quoi éviter et de quoi favoriser pour une vie riche et pleine.

Le XXIe siècle a commencé, malgré toute attente rationnelle, comme un siècle d’une nouvelle virulence religieuse monothéiste au niveau mondial. Je dis malgré toute attente parce que cela a lieu justement quand l’Humanité dispose des outils rationnels et scientifiques les plus développés pour passer au pas suivant dans notre histoire commune, c’est-à-dire, assumer que les seuls « dieux » qui existent dans notre quartier de la galaxie, ce sont nous-mêmes.

La conscience humaine collective travaille néanmoins à un rythme différent de celui du meilleur de son intellect, et ce décalage nous oblige à négocier des compromis. Si nous devons continuer à nous inspirer des idées religieuses il va mieux regarder dans le passé, mais aussi dans le présent, et explorer ce que les polythéismes ou les religions monothéistes qui ont conservé et développé le plus des éléments des veilles croyances, peuvent nous apporter pour continuer notre chemin cosmique sans devenir une futile parenthèse.

Moi, je m’identifie en tant que athée, mais de culture chrétienne catholique-syncrétique, et si dans les années à venir l’Église catholique sort de son immobilisme séculaire, et propose une ouverture théologique, mais surtout identitaire et sociale, je pourrais même devenir un membre de la congrégation, parce que ce que je crois essentiel ce sont les faits et les actions, pas une ou autre croyance.


Responses

  1. Bravo pour ton article, cher Raul.

    • Nous vivons des temps difficiles mais productifs, cher ami. Espérons qu’ils soient les temps du renouvellement nécessaire et pas de la destruction de nos sociétés.


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